Chaque automne, à Nîmes, des dizaines de personnes me confient la même chose : « Jérôme, j'ai essayé le compost, mais ça pue, c'est plein de moucherons, et au fond c'est resté sec comme de la paille. » Rassurez-vous : ce n'est pas vous, c'est la méthode. Un compost qui fonctionne n'est pas une poubelle où l'on entasse ses épluchures au hasard. C'est un petit écosystème vivant que l'on nourrit, que l'on aère et que l'on hydrate. Et sous notre climat méditerranéen, avec ses étés brûlants et son mistral asséchant, il demande quelques attentions particulières. Je vous explique tout, pas à pas.
Pourquoi votre compost « travaille » : la science derrière la décomposition
Le compostage, c'est avant tout une affaire de micro-organismes. Bactéries, champignons, actinomycètes : ce sont eux les véritables ouvriers de votre tas. Pour qu'ils prolifèrent et transforment vos déchets en humus, ils ont besoin de quatre choses, exactement comme nous : de la nourriture (le carbone et l'azote), de l'eau, de l'oxygène et d'une température correcte.
La nourriture se résume à un rapport que les agronomes appellent le rapport C/N (carbone sur azote). Les micro-organismes consomment le carbone comme source d'énergie et l'azote pour construire leurs protéines. L'équilibre idéal pour démarrer se situe autour de 25 à 30 parts de carbone pour 1 part d'azote. En pratique, vous n'allez évidemment pas sortir la calculatrice : on raisonne en « bruns » et en « verts ».
Les bruns (carbone) et les verts (azote)
C'est la clé de tout. Retenez ce vocabulaire simple :
- Les bruns (riches en carbone) : feuilles mortes, brindilles broyées, carton brun non imprimé, paille, sciure de bois non traité, marc de café filtre compris, coquilles d'œufs écrasées.
- Les verts (riches en azote) : épluchures de fruits et légumes, tontes de gazon fraîches, fanes, restes de plantes, fumier frais.
Mon conseil de terrain : visez environ 2 à 3 volumes de bruns pour 1 volume de verts. Les verts apportent l'azote et l'humidité, les bruns apportent le carbone et la structure aérée. Trop de verts, et votre tas devient une bouillie compacte qui fermente et sent l'ammoniac. Trop de bruns, et la décomposition s'arrête, faute d'azote pour nourrir les microbes.
Humidité et aération : le duo gagnant, surtout dans le Gard
Un compost bien équilibré en matières échouera quand même s'il manque d'eau ou d'air. Le bon niveau d'humidité, c'est celui d'une éponge essorée : si vous pressez une poignée de compost, quelques gouttes perlent, sans ruisseler. Ici, dans le Gard, c'est notre grand défi. En juillet-août, sous 35 °C et le mistral, un tas en surface se dessèche en quelques jours et la vie microbienne se met en pause.
Mes parades pour notre climat chaud :
- Placez votre composteur à mi-ombre, jamais en plein soleil l'après-midi. Le pied d'un arbre caduc ou un mur nord est idéal.
- Couvrez la surface d'une couche de bruns (feuilles, carton) ou d'un vieux paillon : c'est un « couvercle » qui freine l'évaporation.
- Arrosez régulièrement en été, de préférence avec de l'eau de pluie récupérée, et si possible peu chlorée — le chlore agresse la microfaune.
L'aération, elle, empêche la fermentation. Sans oxygène, ce sont les bactéries anaérobies qui prennent le relais : elles produisent les odeurs nauséabondes et un jus acide. Pour aérer, brassez votre tas toutes les deux à trois semaines avec une fourche ou un aérateur à tige, et alternez les couches dès le départ. Les brindilles et les tiges creuses au fond créent des cheminées d'air naturelles.
Le lombricompostage : la solution des appartements et petites cours nîmoises
Vous vivez en appartement à l'Écusson ou vous n'avez qu'un balcon ? Le lombricompostage est fait pour vous. Ici, ce ne sont pas la chaleur et les bactéries qui font le travail, mais des vers spécifiques — Eisenia fetida et Eisenia andrei, les vers du fumier — qui digèrent vos déchets de cuisine et produisent un lombricompost très riche, ainsi qu'un « thé de vers » excellent pour vos plantes.
Quelques règles propres au lombricomposteur :
- Maintenez-le entre 15 et 25 °C : à l'intérieur l'hiver, dans un endroit frais et ombragé l'été. Au-delà de 30 °C, les vers souffrent — un vrai point de vigilance pendant nos canicules.
- Donnez surtout des verts (épluchures coupées petit) avec un peu de carton brun déchiqueté pour la structure.
- Évitez agrumes en excès, oignon, ail, viande et produits laitiers, que les vers digèrent mal.
Les erreurs que je vois le plus souvent
Au fil de mes vingt-cinq années auprès des jardiniers du Gard, certaines erreurs reviennent sans cesse. Les éviter, c'est déjà réussir :
- Mettre tout d'un coup. Une grosse couche de tonte se tasse et fermente. Étalez et mélangez toujours avec des bruns.
- Oublier de broyer. Plus les morceaux sont gros, plus c'est lent. Coupez branches et épluchures volumineuses.
- Composter des indésirables. Pas de viande, poisson, produits laitiers ni plantes malades (mildiou, oïdium) qui pourraient se propager.
- Laisser sécher en été. Le tas inerte et poussiéreux d'août, c'est un tas assoiffé : arrosez et couvrez.
- Manquer de patience. Comptez 6 à 12 mois pour un compost mûr — il doit sentir bon le sous-bois et l'humus, pas la pourriture.
Votre compost, premier maillon d'un sol vivant
Un compost mûr est bien plus qu'un engrais : c'est une réserve de matière organique, de micro-organismes et de structure pour votre terre. Incorporé en surface ou en paillage, il nourrit la vie du sol, améliore la rétention d'eau — précieuse sous notre soleil — et renforce naturellement vos cultures. C'est exactement la philosophie que je défends : nourrir le sol plutôt que la plante.
Si vous souhaitez aller plus loin, je vous invite à découvrir mes amendements pour le sol vivant, qui complètent magnifiquement un compost maison, ainsi que ma sélection de solutions de fertilisation écologique pour accompagner vos plantes au fil des saisons. Et si une question vous trotte dans la tête, passez me voir à Nîmes : j'adore parler compost autour d'une poignée d'humus bien noir. À très bientôt au jardin.
